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Octobre 2008
La vie d'un conteur aujourd'hui c'est une drôle d'histoire. Autrefois, celui qui connaissait des histoires exerçait un autre métier, il excellait dans l'art du conte et cela n'était pas une profession. Il était accueilli par les communautés à l'occasion de moments rituels ou de veillées. Aujourd'hui dans les sociétés contemporaines conter est un métier. On y trouve des conteurs d'horizons variés avec des paroles plus ou moins engagées, plus ou moins sincères. Conter pour moi est un élan vital, le miroir de notre humanité qui cherche encore et encore à comprendre pour accepter les aspérités les plus brutales de la vie. Parfois je me demande comment tenir le coup dans cette passion -mission de porter des paroles authentiques, profondes, sincères ,drôles...lorsque j'ai lu cette citation de Doris Lessing, je me suis dit, ben oui c'est comme ça!! Interrogez n’importe quel conteur moderne et il vous dira qu’il y a toujours un moment où il est touché par le feu de ce qu’il nous plait d’appeler l’inspiration, l’enthousiasme, et cela remonte à la naissance de notre espèce, au feu, à la glace, et aux grands vents qui nous ont modelés, nous et notre monde. Le conteur est au fond de chacun de nous, le « faiseur d’histoires » se cache en nous. Supposons que notre monde soit ravagé par la guerre, par les horreurs que nous pouvons tous imaginer facilement. Supposons que les inondations submergent nos agglomérations, que le niveau de la mer monte…le conteur sera toujours là, car se sont nos imaginaires qui nous modèlent, nous font vivre, nous créent pour le meilleur et pour le pire. Ce sont nos histoires qui nous recréent quand nous sommes déchirés, meurtris et même détruits. C’est le conteur, le faiseur de rêves, le faiseur de mythes, qui est notre phénix : il nous représente au meilleur de nous-même et au plus fort de notre créativité. Extrait de la conférence de Doris Lessing lors de la remise du prix Nobel de littérature,2007. |